L’IDENTITÉ DES LULUA Extrait de De la lutte pour la libération du peuple Lulua de Mukenge Shabantu |
3. Vie économique
A une époque reculée, (entre le 17' et le 18' siècle) les Bapemba ou Lulua, peuple alors nomade, se nourrissaient de tumponge (sorte d'igname) et bien d'autres tubercules, de fiuilles d'arbres et d'herbes sauvages telles que tembue - tembue, mbata, dilombolombo, buse, tshidiamubuabua ... De nos jours encore, ils continuent à consommer ces mêmes légumes sauvages. Ils se nourrissaient également d'autres plantes naturelles de grande valeur nutritive comme le tshitabala (une plante d'eau), le lusenga (des feuilles d'un arbre). A ces différentes feuilles, il faut bien ajouter les « masaya », qui sont une sorte de fruit semblable à l'arachide ou au haricot. Ils poussent à l'état sauvage sur des arbres que l'on rencontre surtout en forêt.
Les Lulua ont été en toutes circonstances guidés par l'intuition divine jusqu'à découvrir ce qui n'était pas toxique pour leur vie. Tout au long de leur histoire et de leur marche vers leur emplacement actuel dans le bassin de la Muazangoma-Lulua d'une part, et entre la Lulua et le Kasaï (Nsadi) d'autre part, on n'a pas eu à déplorer de cas d'intoxication alimentaire.
Mais quand les Lulua devinrent sédentaires, leur mode de vie aussi changea. Ils travaillèrent la terne. Nos grands-parents comme nos parents, tous, hommes et femmes s'adonnaient aux travaux des champs dans la savane comme dans la forêt. Les cultures pratiquées étaient le manioc, le maïs, le millet. Plus tard, toutes sortes d'ignames, de bananes et grandes bananes, d'ananas, de haricots, de pistaches, d'arachides, de riz, etc. entrèrent dans les habitudes alimentaires des Lulua et tous se nourrissaient aisément de produits des champs.
En cas de maladie, ils recouraient également à certaines feuilles
pour se soigner. C'est le cas de nkonga bululu (ou concentration d'amertume). De nos jours encore, nkonga bululu est d'usage courant surtout en cette période où toutes les bourses n'ont pas accès à des produits pharmaceutiques.
Nous avons évoqué plus haut les travaux des champs. Ils ne pou
vaient être possibles vers 1800-1850 sans outillage en fer. Ce besoin poussa les Lulua à découvrir les minerais de fer (kabanda) et de cuivre (mikuba) et la fonte qui leur permit de les travailler. La forge (mubanza ou ditanda) facilitait la fabrication de l'outillage indispensable aux travaux des champs et à la chasse. Ils fabriquaient ainsi : houes, machettes, lances, tlèches, herminettes, haches. Il fallait aussi penser à la défense contre l'ennemi en fabriquant des armes ad hoc.
Une autre caractéristique de la vie sédentaire des Lulua était l'élevage du petit bétail : cabris, moutons, cochons et volaille. Ces animaux domestiques fournissaient de la viande aux Lulua tout comme ils leur permettaient de gagner leur vie en vendant l'excédent.
Pour ce qui est du gros bétail : KALAMBA et NKONKO avaient des bovins. La pratique du commerce nécessitait des déplacements en dehors de sa région pour aller à la rencontre des acheteurs éventuels vivant sous d'autres cieux. Ce fut le troc d'abord et ensuite il y eut une monnaie d'échange appelée croisette (busanga, lukanu lua tshiombo ou lua kansense) vers Kolwezi, Luiza, Tshikapa. Cette croisette servait aussi de dot ou à l'achat du bétail, du sel (mbanda et mutondo, il existait donc deux sortes de sel). Pour les consommateurs désireux de constituer des provisions, ce sel comptait et compte encore parmi les valeurs faisant partie de la dot pour le mariage. Il intervenait dans le commerce et pouvait servir de présent à offrir à un chef ou à un ami.
KALAMBA qui par sa pratique du commerce était arrivé à se tisser des relations avec d'autres peuples, à s'en faire des amis, devait créer aussi des moyens de les retenir. La production des « madiba» dont on se vêtait, pouvaient également servir de présents.
En ce qui concerne la production de boisson, les bapemba buvaient
du sucré (maluvu a tshibuku ou tshikoko). Ils buvaient aussi du vin de palme (ma1uvu a mitshi, mabue, mabondo, mapanda ne makadi ). Ils fabriquaient une boisson plus forte à base de maïs et de déchets de manioc. Les Blancs ont baptisé cette boisson du nom d' « alcool indigène », ses producteurs et consommateurs l'appellent « ma1uvu a kapia, tshitshiampa, etc.» Les matières premières demeurent les mêmes jusqu'à ce jour.
Sans doute que ce maintien des matières premières est dicté par celui des cultures qui n'ont pas changé depuis la fin de la période de la cueillette. Nous retrouvons toujours dans nos champs: maïs, manioc, millet, sorgho, banane, igname, patate douce, haricot, riz, ...
La basse-cour comprend : poules, canards, pigeons, lapins, chèvres, moutons, cochons ... Tout cela pour garnir la cour de l'homme qui avait quitté la forêt pour vivre dans des maisons en pisé et couvertes de chaume.
Il y a peu de temps, soit de 1881 aux environs de 1940, les Bapemba-Lulua utilisaient dans leurs maisons, des ustensiles appropriés pour la cuisine et pour la nourriture. Ils disposaient de véritables casseroles et de vases en céramique. On les appelait « ngesu, mabungu et bifuadi ». Avec des fibres, ils se fabriquaient d'autres récipients qui ne pouvaient recevoir que des aliments non liquides tels que : le « bidia ». Ces récipients sont « nkobo; makumbu et nganda ». En dehors de ce type de récipients, il y avait aussi des calebasses qui servaient à conserver l'eau ou la nourriture liquide. C'étaient des « bitonto ou bitonga, bipundu, tubulubulu, ntobo et mbalu », etc.